Be the First VOD Platform in Africa

by Jimmy Kumako
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Be the First VOD Platform in Africa

Il y’a 4 ans je bossais sur Marodi TV, plus précisement la version mobile iOS et les APIs de la plateforme. Son founder Massamba Ndour, qui a quitté IBM pour lancer la startup avait pour ambition de faire de Marodi TV la première plateforme de VOD en Afrique. A l’époque le seul player sérieux sur le continent était iRokoTv de Jason Ojuku (il y’avait d’autres acteurs au Nigéria comme PanaTV )
A première vue toutes les conditions étaient réunies pour y croire : market size, une superbe équipe (talentueuse et complémentaire), une stratégie mobile ,business model clair, des prévisions de taux de pénétration du mobile et d’internet favorable à un business pareil…..

Les chiffres qui trompent

Pour être optimiste et avancer sur son projet, on se base souvent sur des stats pour mieux quantifier notre taille de marché, la rentabilité….. Dans ce processus on peut facilement se faire prendre au piège du bias de confirmation.

La taille de notre marché était estimée en 2013 à 200 millions, précisement : 170 millions d’utilisateurs internet en Afrique en 2013 (source Internetworldstats.com) et 30 millions d’africains vivant à l’étranger (source World Bank 2011)

En ce qui concerne la rentabilité, les prévisions en terme de revenue dans le secteur de la VOD aux US était estimée à 10 milliards de dollars US pour 2014 (source In-stat , 2013 ), quant aux revenues en terme d’advertising en Afrique on avait en 2012, 26 milliards de dollars US (source Afrique Magazine/ Publicis , 2012).

Rien qu’au Nigéria , le marché de l’advertising était de 40 milliards de Naira pour la TV pour 130 millions d’habitants.

Aussi il y’avait le slogan “le mobile c’est le futur en Afrique”, avec le lancement de la 3G au Senegal par exemple on est passé de 100 000 abonnés internet en 2011 à 1,2 millions en 2013 (source ARTP Senegal, Juin 2013). De quoi être optimiste pour le futur.

iRokoTv se portait bien, donc on se disait qu’il y avait de la place pour un player francophone.

Les prévisions pour 2015 étaient d’être présent dans 10 pays africains, avoir une offre d’abonnement à moins de 3 dollars US/mois. Les stakeholders étaient connus : les content providers , les users, et les advertisers.

Novembre 2013 , la startup gagnait le VentureOut Challenge, organisé par la Banque Mondiale devant des startups comme GoMetro. Pour la première fois on avait une startup francophone qui arrivait à s’imposer devant des startups du Kenya, Nigeria, Afrique du Sud. En plus les critères étaient : le potentiel commercial , la viabilité à long terme et une scalabilité à l’international du produit.

Retour à la réalité

Fin 2013 tous les voyants étaient au vert. Mais voilà, en Afrique se baser uniquement sur les chiffres t’assurent un échec en haute définition. Les taux de pénétration espérés étaient au rendez-vous mais pas les habitudes des internautes africains, aussi les coûts de la data ne permettaient pas de baser un système de VOD sur du mobile. Sans assez de vues, la somme CPM était faible, et au même moment il y’avait des alternatives comme Youtube qui offrait un accès à une plus large audience.

Acheter les droits chez les producteurs de contenus? Trop chers pour une startup , il faut lever des fonds pour cela. Aussi nous n’avons pas beaucoup de productions de contenus en Afrique Francophone, industrie pas assez mature comme Nollywood (iRokoTv étant bâtit autour de Nollywood, avait pas de problème en terme de contenu). Bien sûr on pouvait traduire les films Nollywood (en supposant qu’on ait les droits) mais cela aussi avait un coût.

Finalement Marodi TV a du pivoter et s’adapter aux réalités du marché. Présent sur 2 pays en 2013 (Sénégal & Cameroun) et qui avait pour pour ambition en fin 2015 d’être présent sur 10 pays (quand je parle de pays je parle contenus de ces pays), elle est maintenant focus que sur le Sénégal pour le moment.

Aujourd’hui la startup a produit l’une des séries les plus appréciées, je dirai même la série qui fait sensation au Sénégal, Pod & Marichou. Plébicitée même comme l’une des meilleures series jamais produite au pays de la Téranga. Elle est focus sur la production de contenu et du ReplayTv.

Afrostream?

Le 15 septembre 2017, Afrostream annoncait sur Twitter l’arrêt de ses services. Afrostream contrairement à Marodi TV (qui voulait offrir que du contenu africain à la population africaine et à la diaspora), offrait hormis du contenu africain, du contenu afro-americain et carribéen. Afrostream tout comme Marodi croyait au potentiel du marché africain, les chiffres théoriques sur l’Afrique sont toujours encourageant mais la réalité est très souvent loin de ce que nous disent les chiffres.

Le service d’Afrostream étant sur abonnement, les personnes capables de payer sont les mêmes qui peuvent payer Netflix (et ne réprésentent pas la masse des internautes africains) . Ce qui faisait déjà que la jeune startup avait besoin d’offrir une qualité aussi top que Netflix (catalogue riche, plateforme pas buggy et optimisée pour les types de connexions que l’on a en Afrique).

Pour les clients hors du continent africain, le même soucis de qualité se posait. Mais voilà, offrir que du contenu Afro est super , mais comment fait on pour avoir du catalogue riche? De l’argent bien sûr. Aussi comment peut on quantifier le marché de ceux qui veulent un abonnement qui offre exclusivement du contenu afro?

Selon moi le choix de se différentier des autres plateformes de VOD en offrant du contenu afro n’était pas forcement une erreur. Nous avons des exemples de plateforme comme Crunchyroll spécialisée dans du contenu est-asiatiques comme les anime, les mangas…. avec plus de 1 millions de users qui payent et disponible sur Roku, PlayStation , Xbox… On sait tous que tout comme le gaming, il y’a des passionnés de mangas, d’anime quelque soit le continent et ceci bien avant l’explosion d’internet, ce qui n’est pas forcement le cas pour le contenu afro.

N’étant pas dans les coulisses d’Afrostream, je ne peux pas jouer à l’expert et donner exactement les raisons qui ont amenées à la suspension du service. Ce que je peux dire quand même est que la startup :

  • a été influencée par les chiffres sur le market africain
  • a sur estimée la demande pour une plateforme avec que du content afro (surtout en occident)
  • a pas pu fournir constamment du contenu de qualité à ses clients et ceci malgré elle. Coût d’acquisition des contenus trop élevé, pour offrir un riche catalogue il faut beaucoup d’argent, donc la seule option est la levée de fonds. Sans fonds difficile d’offrir un catalogue riche avec toute la volonté du monde.
  • a pas su comprendre les habitudes des africains qui se connectent sur mobile dans la plupart des pays africains. Dans des pays comme le Bénin , le Togo…. on s’envoie les applications mobiles par bluetooth, parce que trop compliqué de créer un compte gmail pour accéder au playstore et enfin télécharger une app. Pourtant ils seront considéré dans les chiffres de users d’internet.

Meme si l’aventure se termine , ils auront quand même essayé, d’autres entrepreneurs apprendront de leurs erreurs.

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